un duvet sur de la terre - Image: 'untitled' http://www.flickr.com/photos/39493003@N00/4911501635 Found on flickrcc.netPrédication célébration œcuménique du 24.12.2018 pour petits et grands.
« Une bulle de douceur » – Eglise Sainte-Thérèse

  

« Heureux les doux » nous dit Jésus…

Comment faire l’apologie de la douceur dans une société où la douceur et la tendresse sont si souvent réduites au ridicule ? Il suffit de regarder les images qui circulent sur les réseaux sociaux, images de petits bébés ou de petits chats, images un peu stupides et mièvres, pour se demander ce que nous avons fait de la douceur…

Ces images ont un tel succès qu’il doit bien y avoir en l’être humain une part de lui-même qui aime ce qui est mignon, ce qui est « trop chou », qui aime les berceuses, les peluches, les pulls tout doux … Oui, derrière le succès de ces images et ces vidéos un peu débiles et lénifiantes, se cache certainement un manque.

Qui assume réellement ce manque et ose dire : « Je suis en manque de douceur dans ce monde trop brutal ? » Qui peut assumer son désir profond de douceur sans avoir peur d’être rejeté avec violence et arrogance, d’être rudoyé et moqué ?

Rechercher la douceur, c’est assumer sa part de fragilité et de vulnérabilité. Paradoxalement, il faut être très fort pour être doux, pour montrer sa vulnérabilité…

Pensez à la douceur qui nous traverse quand on porte un petit bébé, quand on caresse une fleur ou une plume, quand on recueille un flocon de neige dans sa main en admirant sa beauté avant qu’il ne fonde à jamais… Pour s’ouvrir à cette tendresse, à cette dimension poétique de l’existence, il faut accepter sa sensibilité.

Dès la cour d’école, les enfants doivent prendre sur eux, se battre, ne pas se laisser écraser… Dès la cour d’école, les tendres, les rêveurs, les êtres sensibles sont pris pour des faibles… comme s’il n’existait pas une intelligence de la douceur! Comme s’il n’y avait pas une forme d’élégance, et de sensibilité dans la capacité à être doux !

 

Heureux les doux nous dit Jésus : mais qu’avons-nous fait de la noblesse et de la grandeur de la douceur ?

Où sont l’intelligence et la finesse émotionnelles ? Où sont les doux ? Mais comment être doux dans ce monde de gens pressés et blessés ?

Il y a tant de gens pressés. Tant de personnes qui courent, qui n’ont pas de temps pour l’autre. Pas de temps pour éviter les maladresses, pour éviter de brusquer celui ou celle qui ne tient pas le rythme effréné que nous impose la société.

Il y a tant de gens blessés. Tant de personnes en souffrance qui vivent avec une carapace pour supporter la brutalité des relations de travail, la cruauté des relations amoureuses, la violence des commentaires sur le net…

Dans notre monde où trop souvent la recherche du profit et de l’efficacité priment sur le respect de l’humain, combien sommes-nous à courir, à revêtir l’armure de la dureté pour survivre ?

« Il faut t’endurcir ! » nous dit-on souvent…

 

Heureux les doux nous dit Jésus…

Je ne sais pas si notre vocation d’être humain est de nous endurcir ! Je pense plutôt que nous devrions toujours nous adoucir…

Aujourd’hui, alors que nous fêtons Noël, nous avons réfléchi pour savoir comment apporter de la douceur à Jésus, et les enfants lui ont apporté une peluche, symbole de douceur à celui qui nous invite à la douceur…

Une peluche, un doudou pour Jésus.

Vous le savez bien, un doudou, plus on vit avec, plus il est sale, mais plus il est doux. Parfois, il ne ressemble plus à rien, mais son tissu usé est d’une telle délicatesse sur la peau… Ne devrions-nous pas tels des doudous, nous laisser adoucir par les expériences de la vie ?

La vie peut nous malmener. Oui, Il y a des expériences qui nous salissent, qui nous abîment, qui nous usent, mais à travers elles, nous pouvons essayer de devenir de plus en plus doux…

C’est-à-dire de nous accrocher à la douceur comme puissance de rédemption.

La philosophe Anne Dufourmantelle, dans son très beau livre, « Puissance de la douceur », écrivait ceci : « La douceur est ce qui retourne l’effraction traumatique en création. Ce qui sur la nuit hantée pose de la lumière, sur le deuil un visage aimé, sur l’effondrement de l’exil une promesse de rive où se tenir. »

La douceur peut nous sauver.

En effet, sa puissance peut nous permettre de retourner les offenses et les épreuves en des occasions de devenir toujours plus humains.

Dans les béatitudes, quand Jésus dit « Heureux les doux », il invite à faire l’expérience de la puissance de la douceur au cœur des relations humaines.

L’abbé Michel Talbot a écrit au début des années 2000 un doctorat sur ce verset : « Heureux les doux car ils hériteront la terre ». Il montre que la douceur dont il est question ici est la douceur au cœur de la relation. Il est question de la douceur comme attitude non-violente. C’est le refus de la colère, de la dureté, de l’arrogance. Positivement, c’est la recherche du bien de l’autre, c’est la bienveillance.

A Noël, quand nous regardons une crèche, quand nous contemplons un tableau de la nativité, nous sommes invités à entrer dans une bulle de douceur. Mais entrer dans cette bulle, ce n’est pas sombrer dans la sentimentalité de Noël. Car cette bulle de douceur n’est pas seulement un refuge, c’est aussi – et surtout – une bulle de résistance.

La douceur est ce qui permet de dire non à l’escalade de la violence et de la brutalité. La douceur est présente quand nous écoutons l’autre avant de le juger. La douceur est présente quand nous n’avons plus peur ou honte de nous ouvrir à la délicatesse, à la sensibilité, à la tendresse.

Il est parfois difficile de consoler son enfant, et les adultes… c’est encore plus compliqué ! On ne peut pas consoler les autres de leurs drames intimes, mais on peut leur offrir une bulle de douceur. On peut essayer de résister de toute sa présence à la méchanceté, à la perversité parfois, à la brutalité et ainsi, de ne pas ajouter de la violence à la violence. En faisant le choix de rester doux et paisible face à eux, à côté d’eux.

 

Heureux les doux…

Mais comment faire pour y arriver ? Comment faire quand notre premier mouvement intérieur serait de répondre à la violence par la violence ? A la colère par la colère ? A la vulgarité par les cris ?

Tout simplement en n’oubliant pas que la douceur est là, en nous. Il suffit de la choisir et de l’accueillir car elle fait partie de notre humanité… A nous de lui laisser sa chance, de croire encore en elle, de lui laisser la place qui lui revient dans nos vies, une place de premier choix.

Pendant le jeu d’orgue, les enfants vont vous apporter une petite plume. Elle est pour vous. Si vous en prenez soin, elle sera toujours là pour vous rappeler que la douceur de Noël est présente en tout temps. Oui, cette douceur est toujours présente en chacun(e) de nous et entre nous. Elle est toujours là, en puissance… Pour résister à la violence et au désespoir, pour alléger nos peines, pour embellir nos relations, pour nous rendre chaque jour plus humains…

Amen