Culte à Champel le 15 septembre 2019

par Jean-Paul Guisan

(Voir le texte biblique ci-dessous)

Introduction

 

« Laissez venir à moi les petits enfants, car le Royaume des Cieux leur ressemble. »

Un passage de l’évangile qui nous attendrit, qui nous réconforte. Un passage qui permet d’avancer dans la foi et la confiance. Ou au contraire un passage qui est trop beau pour être vrai ? Ou encore un passage qui évoque de mauvais souvenirs, de mauvaises pensées : exploitation de la naïveté des enfants, terrorisme religieux, infantilisation des fidèles par les autorités religieuses, quand elles se font sectaires. Sans parler des plaisanteries scabreuses depuis qu’on parle des abus sexuels qui peuvent se produire dans toutes les institutions religieuses.

 

Heureusement, bon nombre d’enfants témoignent d’une confiance décoiffante mais saine. Voici ce qu’on appelle un mot d’enfant dont je ne sais pas s’il est authentique, mais je ne m’en lasse jamais :

 

On demande à une petite fille qui montre un dessin ce qu’il représente.

Elle répond : « J’ai dessiné Dieu »

Réponse de l’adulte : « Mais on ne sait pas comment il est. »

Réponse « Eh bien maintenant on saura. »

 

Dans le passage sur lequel nous allons méditer, à la différence de la vision qui prévaut dans le monde occidental moderne, les enfants ont une valeur négative pour les disciples et positive pour Jésus. Nous y reviendrons

 

Contexte textuel

 

Marc a rédigé son évangile à partir d’une tradition qui comportait des éléments isolés. Il a placé cet épisode

  • après une polémique sur le Mariage et divorce
  • avant la rencontre avec le Jeune homme riche (point commun : entrer dans la vie éternelle)

Le bref épisode relatant un contact avec des enfants que les disciples veulent empêcher est une Parabole vivante. Marc raconte une petite scène, un incident qui permet à Jésus de faire comprendre (« de faire toucher du doigt ») un aspect du Royaume

 

La morale de cette histoire, c’est que Le Royaume est gratuit. On ne peut que le recevoir, avec confiance et joie. Cela pourrait donner un éclairage particulier à la rencontre du JH riche qui suit cet épisode. Le message serait alors est, tout ce que représente le Royaume, donné gratuitement (le fait d’être un ami de Jésus non plus) n’a pas d’équivalent par rapport aux richesses du monde.

 

Matthieu et Luc relatent aussi cet épisode, avec des variantes. Marc est le seul à mentionner les deux réactions d’ordre émotionnel et affectif de Jésus :

  • des paroles qui expriment de l’indignation, voire de la colère,
  • et un geste qui pourrait être affectueux mais il peut aussi être neutre : ce serait simplement un préliminaire au geste de bénédiction :

 

Le fait qu’il s’agisse d’un geste semble affectueux semble confirmé par ce qui se passe avec le jeune homme riche : « en le voyant, Jésus l’aima », une réaction affective qui n’est pas non plus mentionnée chez Mt et Lc.

 

Donc, Matthieu et Luc de leur côté, se content d’énoncer l’enseignement que donne Jésus à partir de l’incident avec les enfants. Ils évitent de dépeindre un homme qui ne contrôle pas ses émotions. Cela ne correspond pas au modèle du Rabbi ou du Maître de sagesse ou de l’Envoyé de Dieu.

Statut des enfants à l’époque

 

Pour profiter de l’enseignement de Jésus, tel qu’il est rapporté par Marc, il faut pouvoir garder à l’esprit le statut des enfants à l’époque. L’enfant n’est pas roi. Tant qu’il n’arrive pas à se débrouiller ou à apporter sa contribution à l’économie de la famille, à la force de ses bras, il est une bouche à nourrir, les petits vous courent dans les pattes, etc. En cela, ce statut n’a pas varié au cours du Moyen Age suivant les classes sociales. A certains égards, il est assimilable à celui des pauvres – à qui le Royaume des Cieux appartient également selon Jésus.

 

Mais c’est avant tout du point de vue théologique que l’enfant a un statut négatif: il ne connaît pas la Torah, il ne dispose pas d’un savoir sur Dieu, donc il ne connaît pas la volonté de Dieu, par conséquent il n’pas d’accès direct à Dieu,

 

En recadrant avec véhémence ses disciples, et en accueillant les enfants pour les bénir, Jésus prêche en parole et en acte la bonne nouvelle du Royaume qui s’est approché en lui.

La Bonne Nouvelle c’est que le Royaume relève du don gratuit. Ressembler aux enfants, c’est accepter avec confiance cette gratuité, cette générosité

qui se situe à l’opposé, du système de l’époque. (…)

 

L’éthique, ou plutôt le savoir être, suivra : aimer comme on est aimé, s’accepter comme on est accepté ; faire confiance à Dieu et non pas à ceux qui se disent détenteurs du savoir et du pouvoir .

 

Passage en revue des différents personnages dans cette mini-scène :

 

Les acteurs de cette petite scène dans l’histoire de Jésus sont des gens qui apportent des enfants à Jésus, les disciples, Jésus, les enfants eux-mêmes sont plus des objets que des sujets.

 

  • Les gens qui apportent des enfants, mais pas pour les guérir

 

Leurs intentions seraient-elles ambivalentes ? (Ce qui expliquerait l’attitude des disciples.) Ces penseraient : Celui-là a la Toute Puissance, il est doté de pouvoirs surnaturels, de même qu’il accomplit des miraculeuses, il peuxt aussi assurer à ces enfants santé et prospérité. (Aujourd’hui on dirait Santé Prospérité Amour mais à l’époque un bon mariage comptait plus que l’amour.)

 

  • Les enfants

 

Des êtres passifs qui n’ont pas la parole. On les apporte.

Les disciples veulent empêcher qu’ils aient accès à Jésus

Peut-être qu’ils sont aussi visés par les rabrouements des disciples.

Renversement de la situation. Les enfants deviennent objets de l’accueil de Jésus qui les valorise et répond à la demande de ceux qui les ont amenés.

 

  • Disciples

 

Les disciples ont souvent un mauvais rôle. Ils ne comprennent rien, ils ont peu de foi.

Sont-ils des faire valoir ?

 

Ici, ils sont peut-être animés par de bonnes Intentions comme l’enfer en est pavé.

Ils veulent protéger Jésus (empêcher qu’il soit gêné pour enseigner avec des enfants dans les pattes. Son enseignement est pour les adultes. Or il délivre un enseignement fondamental : ses discours portent notamment sur le Royaume,

à une époque où l’attente du Messie occupe beaucoup les esprit. Un des sujets qui préoccupe les religieux et les laïcs, c’est la question de savoir comment y entrer ou comment l’obtenir.

 

Autre interprétation (trouvée chez certains commentateurs) : Est-ce que les disciples réprouvent la demande d’une bénédiction des enfants parce qu’ils considèrent que cela relève de la religion populaire, de la superstition d’une utilisation, d’une manipulation, d’une récupération de Jésus avec ses pouvoirs surnaturel ?

 

Encore une autre interprétation : La réaction des disciples vient du fait qu’ils voudraient assurer leur part de pouvoir dans la mission actuelle et surtout dans le Royaume à venir

cf Qui est le plus grand etc.

 

  • Qu’en est-il de Jésus

 

Cela commence par une indignation qu’on pourrait aussi qualifier de Sainte colère.

Sous-entendu : Je vous annonce (Le renversement des valeurs dans le Royaume) …

et vous n’avez rien compris (typique des disciples dans leur mauvais rôle). A savoir, comme je l’ai déjà dit, que Jésus prêche en parole et en acte la bonne nouvelle du Royaume qui s’est approché en lui. La Bonne Nouvelle c’est que le Royaume relève du don gratuit.

 

 

 

 

 

 

Conclusion (Approche inspirée par la Communication non violente )

 

A mes yeux, l’épisode sur lequel nous avons médité va beaucoup plus loin que la dimension sentimentale dans laquelle on pourrait le confiner. C’est pourquoi, en conclusion, je vous invite à donner la parole à ses personnages comme à autant de voix qui se font entendre à l’intérieur de nous. Est-ce qu’on pourra les accueillir avec bienveillance sans les juger ?

 

  • Écoutons les voix d’une grande personne d’aujourd’hui parmi d’autres :

 

Je me sens IMPUISSANT, je vis dans un monde incompréhensible, je suis la proie des circonstances. J’ATTENDS un miracle. Je garde espoir. Je crois qu’il y a des forces quelque part au-dessus de nous qui peuvent nous apporter Santé Amour Prospérité.

 

  • Et celle d’un disciple, :

N’attends pas de miracles. Tu connais les principes d’une bonne vie qui t’ont été inculqués ou que je tu t’es donné à toi-même. Une bonne vie, être en paix avec sa conscience, ça se mérite. C’est l’essentiel de la religion. Travailler, faire le bien, respecter l’autre. Voilà ce qui est sacré. Voilà ce que te dicte ta conscience. Ne te laisse pas distraire par la voix qui croit aux miracles. Qui se fie à n’importe quel gourou en matière de développement personnel.

Pourtant je voudrais avoir LA Réponse, la réponse à tout. Je sens que je suis tout près du but mais je ne la trouve pas. C’est la faute du tumulte des autres voix.

 

  • Et Jésus ?

 

Une voix à la fois venue d’Ailleurs qui en même temps jaillit en nous,

et qui se fait entendre en nous.

JE SUIS enfant de l’Essentiel, puissant et fragile comme la VIE

JE SUIS AMOUR ACCUEILLANT,

            Jésus est la Voix intérieure qui est bienfaisante quand nous l’identifions. Elle nous dit

 

Mon enfant : Tu es magnifique quand tu accueilles le cadeau de la vie.

La vie qui te traverse, qui te fait rire et pleurer, parce que la vie n’est pas toute-puissante, parce qu’elle est fragile. Tu es magnifique quand tu t’accueilles toi-même.

 

En vérité je te le dis :

Tu peux chanter, crier ou murmurer avec moi

Je Suis qui je Suis, c’est cadeau

Tu peux dire sans arrière-pensée

J’aime la vie, j’aime jouer, m’ébattre en toute liberté

JE SUIS LA VIE, qui a un sens,

la vie qui me traverse.

 

C’est l’enfant qui parle en toi. Amen

 

 

Textes de la Bible

PSAUME 8

1 Du chef de chœur, sur la guittith. Psaume de David.

2 SEIGNEUR, notre Seigneur,

Que ton nom est magnifique

par toute la terre !

Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !

3 Par la bouche des tout-petits et des nourrissons,

tu as fondé une forteresse

contre tes adversaires,

pour réduire au silence l’ennemi revanchard.

 

4 Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,

la lune et les étoiles que tu as fixées,

 

5 qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui,

l’être humain pour que tu t’en soucies ?

 

6 Tu en as presque fait un dieu :

tu le couronnes de gloire et d’éclat ;

 

7 tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ;

tu as tout mis sous ses pieds :

 

8 tout bétail, gros ou petit,

et même les bêtes sauvages,

 

9 les oiseaux du ciel, les poissons de la mer,

tout ce qui court les sentiers des mers.

 

10 SEIGNEUR, notre Seigneur,

que ton nom est magnifique

par toute la terre !

 

Osée Chapitre 11, 1-5

1 Quand Israël était jeune, je l’ai aimé, et d’Egypte j’ai appelé mon fils.

 

2 Ceux qui les appelaient, ils s’en sont écartés :

c’est aux Baals qu’ils ont sacrifié

et c’est à des idoles taillées qu’ils ont brûlé des offrandes.

 

3 C’est pourtant moi qui avais appris à marcher à Ephraïm,

les prenant par les bras,

mais ils n’ont pas reconnu que je prenais soin d’eux.

 

4 Je les menais avec des attaches humaines,

avec des liens d’amour,

j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue

et je lui tendais de quoi se nourrir.

 

5 Il ne reviendra pas au pays d’Egypte,

c’est Assour qui sera son roi,

car ils ont refusé de revenir à moi.

 

Marc 10, 13-16

13 Des gens lui amenaient des enfants pour qu’il les touche, mais les disciples les rabrouèrent.

 

14 En voyant cela, Jésus s’indigna et leur dit :

 

« Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. 15 En vérité, je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. »

 

16 Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.