Noël, un chemin d’espérance

 

Luc 2, 1-20 ; Jérémie 17, 5-8 ; 29.11 ; Psaume 33 Noël 2020 / Champel

 

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Nous venons de vivre dans notre famille une naissance, ma deuxième petite-fille ; quelle joie, quel bonheur intense. Une naissance, c’est toujours un profond message d’espérance. A Noël, en célébrant le souvenir de la naissance de l’enfant-Dieu qui vient naître au cœur de notre humanité, nous célébrons ce temps si particulier où Dieu vient en quelque sorte réveiller, attiser, encourager notre espérance.

Cette année peut-être plus que d’habitude encore, l’espérance a du travail pour se frayer un chemin jusqu’à nous car les obstacles sont nombreux. C’est vrai que cette année Noël ne ressemble à aucun autre ; l’atmosphère est pesante, les nouvelles guère rassurantes. Pas facile d’endosser, à l’image des bergers de la nuit de Noël, le rôle de porteur d’espérance pour le monde. Et pourtant, telle est bien notre vocation pour le monde à nous chrétiens : devenir les porteurs, les artisans d’une espérance en marche !

Oui je pense que comme croyants nous sommes précisément attendus sur ce terrain-là, celui de l’espérance. Les gens ne veulent pas qu’on leur dise ce qu’ils doivent croire et encore moins souhaitent-ils entendre des discours moralisateurs de la part des Eglises, en revanche ils attendent de nous qu’on leur témoigne quelque chose de l’espérance qui nous fait vivre. J’aime cette injonction de la première épitre de Pierre « être toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui nous habite ». Or il faut bien le constater, si notre rôle de chrétiens est de redonner de l’espérance au monde, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de la tâche que le Seigneur nous confie.

Mais être porteur d’espérance ce n’est pas facile, surtout dans un monde désenchanté, et qui sort d’une année 2020 angoissante, stressante, inédite. Et c’est vrai qu’il y a de nombreuses raisons d’être inquiet et pas seulement à cause du virus, on peut penser à la fragilité de nos démocraties, à la précarité qui augmente, au dérèglement climatique. C’est un peu comme si, alors qu’on avait toujours eu l’habitude de regarder devant nous tranquillement, tout d’un coup l’avenir devient plus incertain, moins désirable et cela est source d’angoisse au point du reste d’entendre assez souvent des jeunes couples dire que dans ces conditions ils ne se sentent pas prêts pour avoir des enfants.

Nous avons relu tout à l’heure un passage du prophète Jérémie car il y a me semble-t-il quelque chose aujourd’hui qui nous rapproche de l’époque de Jérémie, qui a vécu au moment de l’écroulement du Royaume de Juda. Il y a chez nous aussi quelque chose d’un ébranlement fort, d’un effondrement. Ce en quoi nous avions mis notre confiance, l’illusion d’une croissance sans fin, montre ses limites. Faire ce constat un peu cinglant, c’est se retrouver comme Jérémie prophète de mauvais augure quand il annonçait à son peuple qu’il ne servait à rien de s’accrocher à ce monde qui meurt.

Note situation actuelle est certes bien moins tragique que celle de Jérémie, mais pas sans lien. Pour nous aussi il y a comme une part d’innocence ou d’insouciance qui s’est évaporée ; des pans de notre Jérusalem sont déjà tombés et d’autres menacent de s’écrouler. La tentation est alors grande, comme pour les contemporains de Jérémie de se tourner vers un passé glorieux, de vivre d’angoisse ou de nostalgie ; de nous accrocher au vieux monde. De balayer la crise pour recommencer comme avant sans rien apprendre.

Vers qui donc nous tourner, à quoi nous raccrocher ? Ou placer notre espérance !

Alors si Noël tombe peut-être très mal dans le calendrier pour nos autorités qui redoutent un rebond dans les contaminations suite aux fêtes de famille, Noël tombe en revanche très bien pour nous tous qui avons besoin de faire un plein d’espérance avant d’attaquer 2021 et ses incertitudes. Noël c’est un peu comme la station-service qui arrive enfin alors qu’on roule déjà depuis de trop nombreux kilomètres sur la réserve. Car Noël c’est bien le temps d’une naissance, c’est le temps de l’espérance ! Noël c’est le temps pour croire à l’accomplissement des promesses.

Mais l’espérance ne nous tombe pas dessus, comme on gagne au loto, elle n’est pas le fruit du hasard. Elle exige un travail. L’espérance ce n’est pas une fake news inventée pour nous rassurer à bon marché, elle ne masque en rien la difficulté du temps présent. L’espérance est une posture, elle est un pari, elle est un travail. Comme les bergers ont dû se mettre en route la nuit de Noël, nous devons nous aussi constamment nous remettre en chemin car l’espérance n’est jamais un gain acquis pour toujours, encore moins un dû.

Pour être porteur d’espérance pour ce monde, nous devons commencer par ne pas confondre l’optimisme et l’espérance. Si l’optimiste par nature tend à tordre la réalité, celui qui espère n’a pas besoin de tricher avec la réalité. Pour pouvoir espérer, il faut oser renoncer aux fausses sécurités, aux illusions, aux sirènes des solutions faciles. Il faut en revanche enraciner notre espérance à sa source, le Christ lui-même ; comme le dit si bien le psaume 33 : « Seigneur que ta fidélité soit sur nous comme notre espoir est en toi ». A Noël, Dieu vient renouveler notre espérance en témoignant de son amour sans limite pour notre monde, de sa passion pour l’humanité qu’il endosse. Ne perdons donc pas de temps à nous lamenter. Aujourd’hui être porteur d’espérance pour le monde ce n’est pas vouloir construire de petites arches de Noé ; Dieu nous veut ici et maintenant, c’est là, dans notre réalité, et non dans un monde imaginaire, qu’il nous rejoint. Sa fidélité, sa toute proximité chantée à Noël est le fondement même de notre espérance. Ecoutons Jérémie qui ne fait pas que se lamenter quand il offre un vrai chemin d’espérance « Béni l’homme qui compte sur le Seigneur, le Seigneur devient son assurance, pareil à un arbre planté au bord de l’eau …. Il ne cesse de fructifier » ou encore « Je vais vous donner un avenir et une espérance ».

Cette espérance, Dieu est venue la donner en personne à Noël et cette espérance elle n’est pas prisonnière du passé. C’est tous les jours Noël, c’est tous les jours que le Seigneur vient insuffler cette espérance au creux de notre cœur troublé. Cette espérance elle n’est pas non plus réservée à demain. L’espérance, née de la foi, n’a rien à voir avec une anticipation sympathique de ce qui va arriver. Si l’espérance courante est une attente qui comble un vide par l’imagination de ce qui viendra la remplir, l’espérance née de la foi n’est pas d’abord une attente, elle ne se nourrit pas de notre besoin ou notre manque de Dieu, car Dieu n’est pas à venir ou à attendre, il est déjà donné depuis cette nuit de Noël. Espérer c’est donc déjà posséder ! comme le dit si bien la lettre aux Hébreux « la foi c’est une manière de posséder déjà ce qu’on espère ». Espérer ce n’est pas attendre, mais réaliser combien Dieu est déjà l’œuvre, combien il m’a rejoint dans mon étable obscure et m’accompagne au quotidien. Nous ne sommes pas dans le futur avec l’espérance, mais dans le présent. Mais cette réalité-là en même temps qu’elle imprègne notre vie demeure un travail, une exigence. Vivre d’espérance c’est un combat quotidien pour ne pas se laisser envahir par le découragement, c’est un combat, une discipline pour constamment revenir s’abreuver à la source.

Nous avons comme chrétiens plus que jamais, je le crois, cette responsabilité d’être témoins d’espérance, mais non pas des témoins passifs, mais des acteurs lucides. Comme au temps de Jérémie, cela passe par un regard critique sur la réalité d’aujourd’hui, cela passe par le courage de dénoncer non seulement ce qui ne va pas et les injustices du monde mais également de souligner les impasses dans lesquelles nous conduisent certains discours qu’ils soient simplistes, populistes, complotistes, anesthésiants. Il faut savoir en qui, en quoi nous plaçons notre confiance. Faute de quoi, nous risquons d’être déçus et conduits dans des impasses.

Etre porteurs d’espérance, c’est croire que ce monde n’est pas le fruit du hasard, mais qu’il est porté, voulu, aimé par Dieu, par un Dieu qui ne nous abandonne pas, qui ne nous abandonnera jamais, mais qui compte sur nous. C’est précisément parce que nous savons Dieu à nos côtés, engagé avec nous dans l’aventure humaine que nous pouvons être porteurs d’espérance. Oui ce monde est difficile, oui il est en mutation, non nous ne savons pas ce qui nous attend, mais nous sommes certains d’une chose : comme Dieu a été avec nous hier et l’est aujourd’hui, demain il sera encore celui sur qui nous pourrons compter et qui toujours devant nous ouvrira un chemin de vie. Espérer ce n’est pas attendre un futur meilleur, c’est avoir cette confiance que Dieu m’accompagne aujourd’hui et que ma vie et ce monde demeurent entre ses mains.

Amen

pasteur Emmanuel Fuchs
Noël 2020 à Champel